L’évasion des polyèdres

Bienvenue sur le site internet de Guy le Berre auteur de "l’évasion des polyèdres". Que vous souhaitiez savoir ce qu’est un polyèdre, où se trouve Concarneau…Vous cliquez au bon endroit… Laissez vous embarquer par les anecdotes et souvenirs d’un mathématicien, poète, musicien, chanteur…

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"Ce livre n’existe pas"…

Extrait du prologue

"En Art il faut que la mathématique se mette aux ordres des fantômes"
« Sous la lampe » (1929) - Léon Paul Fargue (1878-1947)


Cette épigraphe du poète, « le piéton de Paris », il faudra l’assumer. Et si j’ajoutais à la manière de Magritte (1929), cette phrase déclarative et négative : « Ceci n’est pas un livre de math » il faudrait le justifier, sinon ce serait du pipeau…Pourtant, dans le monde spécialisé de l’édition il aura quelques difficultés à trouver une place aux rayons fournis des librairies !

En automne 1999, Pierre Bérès, directeur d’édition Art et Sciences, feuilleta le manuscrit. Il dit à son responsable des publications : « Vous allez faire un beau livre à ce monsieur. » Le choix du lecteur fut vite réglé : un mathématicien. J’aurais préféré qu’il soit alors doublé d’un humaniste. Mais, c’était compréhensible : les formules, les résultats demandaient vérifications et puis, un premier jet nécessitait bien des ajustements. Quelques mois plus tard, le verdict tomba : mon travail allait être dénaturé, en noir et blanc, par l’impossibilité de réalisations satisfaisantes des couleurs et du contenu.

Je me rendis chez Diderot EDL, une maison dynamique, dirigée par Richard Délerins. Cette approche lui plut : « Ce livre n’existe pas. » Il ajouta qu’à sa sortie, l’ouvrage ferait du bruit dans les critiques ; je les prendrai dans les deux sens. Un contrat fut signé, et la parution fut annoncée, dans un luxueux catalogue 2000, à une belle place avec photo, numéro ISBN, nombre de pages. J’ai même reçu deux appels de félicitations…avant réception du catalogue dans ma boîte aux lettres et sans les corrections d’usage au manuscrit ! L’éditeur me proposa quelques recherches motivantes sur la naissance de la perspective, à ma façon, ou encore un chapitre sur mes relations avec les praticiens, sans retenue, comme elles s’étaient présentées. Et puis il eut des difficultés de gestion entre l’imprimeur et les éminents auteurs scientifiques, à tirages limités et aux meilleurs contrats que le mien. Je suivis l’affaire dans une association de victimes. Certaines récupérèrent leur bien en procès ou trouvèrent refuge chez d’autres éditeurs. Mais, effectivement, mon livre n’exista pas…

J’ai bien essayé le Seuil, distributeur de Diderot. On me présenta des publications de la maison, du genre scientifique, toutes ou presque en noir et blanc : les livres de mathématiques aux mathématiciens, ceux de l’Art aux critiques d’Art…Pour les responsables du Seuil, « L’invasion des polyèdres » était une gageure, et, comble du paradoxe, « Délerins m’avait bien accueilli parce qu’il se savait en perdition ».

Cette remarque désobligeante n’empêcha pas les souvenirs sympathiques. Richard Délerins avait fait ses preuves dans les qualités d’ouvrages et, sosie imbattable de Fabrice Luchini, il m’amusait, c’est déjà ça… Il me dit un jour au restaurant chinois, dans le quartier de la Bibliothèque Nationale du 2ème arrondissement : « à cette place où vous êtes assis, mercredi dernier, se trouvait un prix Nobel d’économie américain… ». Le repas était bon, les Chinois très attentifs à notre présence, la vie était belle.
Plus tard, au temps de sa galère, par un bel après midi de septembre 2000, je l’ai attendu des heures à une terrasse près de l’immeuble où il avait ses bureaux (fermés). Il finit par sortir, sans doute m’avait-il aperçu…Il était heureux de me voir : « Vous connaissez Amazon.com ? et bien, on y va en édition et je viens le 27 du mois, en Bretagne pour travailler sur votre livre… » Sans compter qu’il pensait à moi chaque jour ! La raison en était simple : les Jeux Olympiques avaient lieu à Sydney à ce moment-là, or, dans l’épilogue j’écrivais un moment de vie en Australie et à Concarneau. Il aimait cette fin de livre, comme on aime une nouvelle, mais il ne vint pas à Quimper… Danièle Le Pape, journaliste au Télégramme, choquée par cette expérience, fit un article qu’elle intitula « l’utopie a du plomb dans l’aile ». Je mis quelque temps à me remettre de cette aventure. Alors, avec quelques amis nous avons créé un groupe de recherches, appelé « mathématières », pour faire autre chose. Ce fut d’abord, avec Guy Le Run, ingénieur et professeur, les heures riches d’objets allant des concepts aux constructions et à l’informatique. Il n’était plus question de parler de livre à publier, un sujet tabou…

Après tout, certains intellectuels ou pseudos intellectuels prétendent que seuls les livres parus le méritent, et il y en a suffisamment. Tous les intervenants de télévision, animateurs ou invités, sont bien placés pour le savoir et présenter leur dernier écrit né à tour de bras. Par ailleurs, de nombreux agrégés font la queue aux portes des éditeurs pour leur ouvrage spécialisé. Le mien a fait parler de lui, dans quelques milieux modestes, sans exister. Il n’y a pas de quoi s’en satisfaire. Ou alors, ce serait pour le maigre plaisir d’entendre, dans la région, les mots polyèdres prononcés, à la plus grande fréquence, au km².

Cependant dans les expositions, les conférences, les ateliers, le manuscrit sorti de mon imprimante et posé sur une table, pouvait être consulté. Et sans grand tapage, il le fut, malgré ses imperfections.

Quelques années ont passé et, au hasard des rencontres, on me demande encore des nouvelles de ce manuscrit. La « pression de mes amis » est avant tout interrogative et généreuse. Elle vient de divers horizons. J’étais redevable à ceux qui ont travaillé, avec moi, sur ces concepts, d’abord dans les années 80, puis à partir de 1996, jusqu’à ces jours encore. L’obstination est une belle chose, nécessaire aux projets, mais était-elle suffisante à la qualité requise ici, sans le soutien critique des professionnels du livre ? Finalement on devra la décision de passer à l’imprimerie, à mon amie Sylvie Fréalle de Lanester, dans le Morbihan.

A l’heure où j’écris ces lignes, 6 étudiants de 1ère année d’IUT de Quimper, ont pris ce projet en affection. Ils sauront peut-être démêler les obstacles d’une telle entreprise et avoir d’autres idées encore. Ils connaissent l’objet de ma démarche et l’essentiel du contenu : un hymne à certains domaines mathématiques et artistiques abordés, en extension et association d’idées, entre l’Histoire et les petites histoires des rencontres.

Monsieur Ollivier, créateur de l’Imprimerie Régionale de Bannalec, est un homme charmant de 90 ans : « ce livre n’existe pas »… La formule sibylline de Richard Délerins revenait mot pour mot et, en filigrane, elle signifiait aussi la complexité de parution… La malédiction aura été vaincue, si vous lisez ces lignes… Reste à savoir si ce sera à temps, pour l’évaluation des étudiants, au mois de mai 2006. C’est finalement à Landerneau, dans l’entreprise Cloitre, que les machines auront tourné. On trouvera, certainement, des maladresses dans cet ouvrage ; la perfection serait monotone… et quelques défauts d’attention, quelques répétitions, ont pu échapper à la relecture, vous comprendrez…[…]


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